Petite réflexion sur l'éducation (partie 1)

 

 

Je sais pas si c'est juste une impression, mais il me semble que tout le monde parle d'enfance, d'école, de maternelle 4 ans et de déficit d'attention dernièrement...

 

 

Beaucoup de gens (incluant moi) veulent se mettre à la place des enfants pour décider ce qui serait le mieux pour eux. Toutes sortes d'experts se prononcent sur la question de l'enfance et avancent leurs hypothèses quant à la nécessité de mettre en place des programmes ou d'injecter plus ou moins d'argent dans différents endroits afin de favoriser le « développement » de l'enfant.

 

Mais, en fait, essayons-nous de penser aux BESOINS des enfants? Essayons-nous réellement de se mettre à leur place? Est-ce que nous nous posons la question de ce qu'ont besoin les enfants pour être heureux et bien se développer? Je ne le crois pas. On a créé tout un système pour eux, mais au fond, toute cette organisation autour de l'enfance nous sert nous, les adultes, en premier lieu.

 

 

On est très bons à se faire croire que tout ceci est bon pour les enfants : garderies en bas âge, programmes éducatifs de tous bords tous côtés, écoles primaires, écoles secondaires, horaires fixes, activités parascolaires, cours variés le soir et la fin de semaine, clubs sportifs, etc. Une fois que toutes ces structures et institutions ont été mises en place, elles paraissent bien naturelles, nécessaires et, je dirais même, indispensables.

 

 

 

 

 

Mais... comment c'était, avant?

 

Commençons par regarder l'école qui est sans aucun doute l'institution la moins questionnée de toutes.

 

Si on remonte à l'origine de l'éducation on réalise que celle-ci est d'abord et avant tout un acte naturel et intuitif.

 

Au départ, alors qu'on vivait dans des sociétés de chasseurs-cueilleurs, les enfants avaient comme tâche principale de jouer. Dans leur jeu, ils apprenaient tout ce qu'il y avait à apprendre : comment prendre soin des plus petits, comment chasser et préparer la nourriture, etc. Ils apprenaient ce qu'ils pouvaient cueillir dans la nature pour se nourrir, comment fabriquer les vêtements, utiliser les armes et les outils, etc. Bref, ils imitaient tout ce que faisaient les adultes de leur clan et leur savoir se développait ainsi, sur plusieurs années.

 

De leur côté, les adultes comprenaient que la tâche principale des enfants était de jouer et que c'est ainsi qu'ils allaient le mieux se préparer à devenir des adultes. Ils savaient que naturellement les enfants apprenaient ce qu'ils devaient savoir pour le reste de leur vie.

 

« Les chasseurs-cueilleurs ne faisaient aucune distinction entre jouer et apprendre. Ils ont grandi en jouant à chasser et ont ainsi graduellement appris à chasser, toujours dans une mentalité de jeu. Ils n'avaient pas la conception qu'apprendre pouvait être une tâche »

(Peter Gray, Free to Learn).

 

 

 

C'est vrai, on vit dans un monde très différent maintenant. Pourtant, il y a plusieurs façons de faire de ces civilisations de chasseurs-cueilleurs qu'il serait tout à fait possible d'appliquer encore aujourd'hui, pour le plus grand bien des enfants.

 

 

Plusieurs chercheurs, dont Jean Piaget, se sont penchés sur la question du jeu chez les enfants. Plusieurs ont démontré que c'est par le jeu que les enfants apprennent le mieux et que celui-ci est nécessaire pour leur développement et leur bien-être émotionnel.

 

 

Selon les recherches de Froebel dans les années 1800 et reprisent de nombreuses fois depuis, le jeu est même de la forme la plus élevée d'apprentissage. Le fait d'imiter les adultes est aussi un comportement observable dès le plus jeune âge car c'est ainsi qu'un bébé apprend à socialiser et à comprendre les codes sociaux.

 

D'où vient alors cette croyance si ancrée dans notre société et notre époque que les enfants apprennent le mieux parmi leurs pairs et que la socialisation doive se faire à tout prix avec des enfants du même âge? Selon de nombreuses recherches rapportées par Peter Gray dans son livre Free to Learn, c'est en effet en groupe multi-âge que les enfants apprennent le mieux, et leurs jeux reproduisent presque toujours ce qu'ils ont observé chez les adultes.

 

 

Suite à ce qu'on vient de voir, on peut retenir que :

  • les apprentissages naturels sont les plus adaptés aux humains.

  • Les bébés et les enfants apprennent beaucoup mieux par le jeu et en imitant les plus grands qu'eux, dont les adultes.

 

 

 

 

 

Avènement de l'agriculture

 

 

Si on avance un peu dans le temps, on se retrouve à l'invention de l'agriculture, moment de l'Histoire où les humains sont devenus de plus en plus sédentaires afin de pouvoir entretenir leurs terres.

 

Il y eut alors un changement qui s'opéra sur plusieurs milliers d'années et où les enfants ont dû être de plus en plus disponibles pour aider leurs parents et se rendre « utiles ». La société changea aussi, et se muta selon un modèle féodal où la terre n'appartenait plus à tous, mais était devenue la propriété d'individus riches et puissants. La société devint donc hiérarchisée plus que jamais et ce modèle apparu aussi dans les relations adultes-enfants. Plusieurs adultes utilisaient alors des châtiments corporels afin de montrer aux enfants à respecter les structures de pouvoir. Les enfants devaient maintenant obéir, chose qui n'avait aucune raison d'être dans les sociétés plus anciennes.

 

 

Donc, comme les paysans devaient obéir aux ordres venus d'en haut et servir les plus riches, les enfants ont perdu graduellement le temps libre à jouer afin d'aider leurs parents et mener une vie assez misérable, tout comme eux.

 

 

À l'aire de l'industrialisation la pression sur les enfants augmenta davantage avec la naissance du capitalisme et du concept de productivité. Le travail des enfants était fréquent, répandu et terriblement exigeant.

 

 

 

 

 

La naissance du droit des enfants

 

 

Avec l'avancement des droits des enfants et aussi avec l'urbanisation grandissante, les choses ont changées.

 

 

D'une part, les gens se sont rendus compte que les enfants avaient plein de choses à apprendre et n'étaient pas de petits adultes. D'autre part, les besoins économiques ont changés et les enfants n'avaient plus besoin d'aider leurs parents sur la ferme ou à l'usine. Par contre, la montée du néo-libéralisme et le fait que de plus en plus de femmes entraient sur le marché du travail ont favorisé l'école.

 

 

L'école est devenue une institution nécessaire afin de s'occuper des enfants lorsque les parents travaillaient et également dans le but de former les enfants pour leur entrée dans le monde, dans la « vraie vie », ainsi que sur le marché du travail plus tard.

 

 

 

 

 

Les premières écoles

 

Les premières écoles étaient dirigées par des religieux et ce fut le cas dans la majorité des pays. Le but était principalement l'endoctrinement et le développement de l'obéissance. C'était en effet les façons de faire issues de la religion et celles-ci ont été appliquées aux enfants.

 

 

Ici, au Québec, l'école eut aussi une composante d'assimilation importante. Les religieux avaient comme objectif affaiblir l’influence de la culture traditionnelle et des systèmes de valeurs des peuples autochtones en éduquant les jeunes garçons et filles dans la religion catholique et en leur apprenant les coutumes françaises.

 

 

 

En tout temps l'éducation des enfants a été un reflet des préoccupations de l'époque, des besoins de l'élite et des besoins économiques de la société. Depuis très longtemps il y a donc eu une lutte pour le contrôle de l'éducation et pour le contrôle des masses.

 

« L’instruction de masse ne concerne pas que l’acquisition de connaissances théoriques, mais doit plutôt servir à résoudre une vaste gamme de problèmes allant de la criminalité à la pauvreté, en passant par l’inactivité et le vagabondage ».

(L'encyclopédie canadienne, www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/histoire-de-leducation)

 

 

 

 

 

 

L'école comme norme

 

 

Je suis toujours surprise de constater que bien peu de gens se posent la question de la légitimité de l'école en tant qu'institution.

 

« On s’arrête rarement pour réfléchir à combien tout ceci est nouveau et artificiel pris dans le contexte plus large de l’évolution humaine et sur comment ceci a émergé au cours d’une période sombre de notre histoire marquée par le travail des enfants et par la croyance selon laquelle les enfants sont naturellement mauvais »

(Peter Gray, Freedom to Learn, traduction libre).

 

 

En effet, l'école est rendue « naturelle » dans notre société, comme si c'était quelque chose d'impossible à éviter et dont on ne peut imaginer l'absence dans notre vie. À la lumière de la petite histoire de l'école que je viens de faire, il me semble évident qu'on peut questionner les fondements actuels de l'école et je crois même qu'on doive absolument le faire.

 

 

Loin de moi l'idée de penser que les enfants, ici et maintenant, ne devraient pas fréquenter l'école. Je ne pense pas du tout que cela soit souhaitable. La plupart des enfants doivent aller à l'école dans le mode d'organisation actuel de notre société. Par contre, je suis d'avis que des questionnements sur le pourquoi, le bien-fondé et le « comment » de l'école doivent absolument avoir lieu.

 

 

 

*********************

 

L'école n'est pas la seule façon d'éduquer des enfants. C'est en fait une façon parmi d'autres et on ne peut dire en toute certitude qu'il s'agisse de la meilleure façon de faire dans les conditions actuelles, au Québec.

 

 

* Ce texte est le premier de deux textes sur l'éducation des enfants et leurs besoins.

 

 

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